Fantastique pas Fantasy – une ligne de crête narrative…
Rencontre narrative
On confond souvent fantastique et fantasy. À tort. La fantasy invente des mondes. Le fantastique fissure le nôtre.
Dans un récit de fantasy, la magie est une donnée normale. Elle structure l’univers, ses règles, ses conflits. Dragons, quêtes, héros, affrontement du bien et du mal : tout est assumé, codifié, accepté.
Le fantastique fonctionne à l’inverse. Il introduit un élément qui ne devrait pas être là.
L’histoire se déroule dans un cadre réaliste, crédible, familier. Puis survient quelque chose d’inexplicable : une présence, une survivance, un être qui ne meurt pas vraiment, un mort qui refuse de disparaître. Et ce surgissement ne rassure pas. Il inquiète, dérange, ne trouve pas d’explication claire.
Quand le surnaturel fissure le réel
Dans le fantastique, le surnaturel n’est jamais confortable. Il est vécu comme une rupture, parfois comme une menace.
C’est ce qui en fait un genre profondément humain. Le fantastique parle de ce que nous ne savons pas résoudre : la mort, l’absence, la culpabilité, la mémoire, les liens qui persistent au-delà du raisonnable. Il met les personnages face à une réalité qui résiste à la logique, et les oblige à composer avec cette faille.
Le fantastique comme point de vue narratif complémentaire
C’est aussi pour cela que le fantastique traverse mes romans, même lorsqu’ils ne se présentent pas comme tels.
Un certain personnage, par exemple, n’est jamais expliqué. Est-il réel, halluciné, traumatique, symbolique ? Le texte ne tranche pas. Il laisse cette zone de trouble active, parce que c’est là que se joue l’essentiel : l’impossibilité du deuil, la persistance de l’amour, la culpabilité qui refuse de se taire.
De la même manière, le personnage central de Canterbury Fields traverse le temps avec une constance troublante. Il n’est jamais nommé comme vampire. Pourtant, le doute est là. Le fantastique agit par suggestion, par silence, par déplacement. Il n’impose pas une lecture, il crée une tension.
Contrairement à la fantasy, qui raconte souvent des combats extérieurs, le fantastique met en scène des combats intérieurs — ceux qui ne se gagnent pas, ceux qui transforment durablement.
Ce n’est pas un genre d’évasion.
C’est un genre de confrontation.
Et c’est précisément cet inconfort-là qui nourrit mon écriture. Juste parce que dans la vie, en effet, tout n’est pas si simple…
Ou bien ?


