« Et Bob Sinclar, bondissant comme un fauve, s’échappa des griffes de Karpov… »
Ces personnages de fiction qui influencent émotionnellement les écrivains que nous sommes
Voilà, c’est ça qui m’a fascinée quand j’étais gamine. François Merlin, écrivain solitaire dans son petit monde, tapant toute la journée sur sa machine, tandis que Bob Saint-Clar, son double imaginaire, vivait des aventures spectaculaires… Tout cela dans Le Magnifique, film de Philippe de Broca (1973) avec Jean-Paul Belmondo.
Je devais avoir huit ou dix ans, mais ce personnage m’a marquée. Solitaire, un peu misanthrope, enfermé dans son “taudis” parisien, il écrivait au kilomètre, en série, pour survivre. Et moi, je rêvais d’être là, tapotant moi aussi des pages entières, perdue dans mon univers.
Le contraste entre François et Bob est énorme. Bob est sûr de lui, charismatique, audacieux ; François, lui, est ordinaire, fragile, submergé par ses propres créations. Et pourtant… lorsque nous écrivons, nous mettons tous un bout de nous dans nos personnages. Conscient ou pas, c’est là que ça se joue.
Petit rituel
Aujourd’hui, parfois, lorsque je commence à écrire, j’inscris cette phrase pour lancer ma première page : « Et Bob Saint-Clar, bondissant comme un fauve, s’échappa des griffes de Karpov ». Puis je l’efface. Petit rituel pour me rappeler : ne jamais se prendre trop au sérieux, garder l’humour, rester dans la marge.
Et quand je suis là, au cœur de l’Alsace, frappée par les frimas de l’hiver, plaid sur les épaules et tasse de thé au lait d’avoine à portée de main devant mon clavier, François Merlin est là, assis à mes côtés, fulminant contre sa machine à écrire. Je souris. Parce que c’est exactement ça, être écrivain : un peu seul, un peu fou, complètement vivant.
C’est peut-être tout cela qui te fera venir à l’écriture si, toi aussi, tu as une madeleine de Proust…


