Mac adolescent entouré de Saoirse et Tara sur une côte irlandaise, dans une scène intime de Les Galets Blancs.
BILLETS

Quand un personnage cesse d’être un personnage

Il existe un moment étrange dans l’écriture d’un roman, et je voulais partager cela avec toi.

Pendant des mois, parfois des années, un personnage existe sur le papier. Je connais son âge, son histoire, ses blessures, ses habitudes. Je peux même écrire des scènes entières à son sujet.

Et pourtant, quelque chose manque. Il est là sans être vraiment là. Puis un jour, sans prévenir, il arrive. Pas dans le manuscrit. Dans mon esprit.

Ce n’est pas forcément une grande scène dramatique. Ce n’est pas toujours un tournant de l’intrigue. C’est souvent un détail. Une réaction inattendue. Une phrase que je ne lui avais pas préparée. Une décision qui me surprend moi-même.

Comme par magie

À cet instant, le personnage cesse d’obéir. Il devient quelqu’un.

Ces derniers temps, je travaille sur Les Galets Blancs, la suite de Là où tombent les anges. Et c’est exactement ce qui s’est produit avec Mac, un de mes personnages principaux…

Je connaissais son histoire depuis longtemps. Je savais d’où il venait. Je savais ce qu’il deviendrait. Pourtant je ne le connaissais pas vraiment.

Puis une scène est arrivée. Et soudain, je ne regardais plus un personnage. Je regardais un jeune homme. Souvent, ce basculement tient à presque rien. Un geste. Une manière de bouger, de regarder, de se tenir dans l’espace. Quelque chose d’infime qui, soudain, me révèle la personne derrière le personnage. C’est rarement une grande déclaration ou un moment spectaculaire. C’est plutôt cette fraction de seconde où quelqu’un devient singulier. C’est aussi ainsi que certains êtres entrent dans ma vie : par un détail que d’autres ne remarqueraient peut-être pas, mais qui, pour moi, change tout. Avec ses contradictions, ses loyautés, sa façon bien à lui d’aimer les gens sans toujours savoir leur dire.

C’est sans doute l’un des plus grands cadeaux de l’écriture. Nous croyons créer des personnages.

En réalité, nous passons une bonne partie de notre temps à attendre qu’ils acceptent enfin de se montrer.

C’est alors que le roman commence à respirer…

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